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Portraits / 30 Jan 2019
Portrait Maryline Sollier

Dans notre vie quotidienne, nous côtoyons des personnes dont les visages nous sont familiers et que nous pensons faussement connaître. C’est pour ne pas passer à côté de ces gens fabuleux que e com image a créé ses “portraits”.

UNE FEMME PAYSANNE

Maryline Sollier

“Je n’ai aucun regret d’avoir choisi ce métier. C’est un très beau métier.”

La ferme de Maryline se situe à La Ginestière, en bas de la commune de Saignon. Nous sommes d’abord accueillis par les trois chiens, qui depuis l’entrée du chemin encadrent gaiement la voiture. Puis nous stoppons devant Maryline et son fils Nicolas, qui nous attendent avec de larges sourires.

MARYLINE

Maryline est née à Apt. Fille unique, elle commence très jeune à aider ses parents. A l’époque il n’y a pas de clôtures électriques, aussi sa mère est retenue toute la journée à garder le troupeau de brebis. Maryline prend donc en charge les tâches ménagères : la cuisine, le ménage… en plus d’aller à l’école. L’hiver le travail se trouve allégé car on garde les bêtes à l’intérieur.

L’école finie, Maryline devient aide familliale, mais ce métier ne lui permet pas de côtiser suffisamment pour sa retraite, et puis ce qu’elle aime par dessus tout, ce sont les animaux et la nature. Sur les conseils de son père, qui songe à se retirer de la vie active mais ne souhaite pas louer ses terres, elle ambitionne de prendre la succession de l’exploitation familliale.  En 1986 Maryline prend donc la relève.

– Dit-on ‘chef d’exploitation’, ou bien ‘agricultrice’,  ‘cultivatrice’ ou encore ‘paysanne’ ?

“J’aime bien le terme ‘chef d’exploitation’. J’aime commander, être le chef, être libre.”

Son fils Nicolas suggère au passage que dans le mot ‘paysan’, il y a le mot ‘pays’.

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Maryline a deux fils, Nicolas, âgé de 20 ans, a hérité du troupeau de sa mère et de sa passion du métier. Lorsqu’il était à l’école, il se sentait souvent malade, mais lorsqu’il aidait à la ferme son malaise disparaissait. Depuis 2 ans il est aide familliale.  En attendant de remplacer sa mère il donne un précieux coup de main à la maison, à la traite des chèvres et au marché. Mickaël, âgé de 26 ans, a hérité du troupeau de son père dont il a repris l’exploitation à Viens en 2014, après avoir été également aide familliale à ses débuts.

La ferme de Maryline est passée de génération en génération depuis ses arrière-grands-parents. Sa grand-mère venait de Montsalier, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Pour son mariage son père lui donna 2 chèvres en dot.

LE MÉTIER

Maryline participe aux marchés d’Apt. De son père elle a hérité l’emplacement sur la place de la mairie, au marché du samedi. On peut également acheter ses délicieux produits au marché paysan du mardi, cours Lauze de Perret. Elle se lève à 6h15 pour arriver au marché à 7h, avec ses poireaux, ses navets, ses carottes, ses courges, ses potimarons, ses pommes de terre et ses épinards. A 13h elle déjeune, fait une sieste, puis c’est reparti pour quelques heures à la fromagerie à fabriquer des fromages et à nettoyer. Elle s’occupe ensuite de ses bêtes, de sa maison, puis des ‘paperasses’ le soir. Le dimanche elle fait le ménage à fond dans la maison. Ses seules sorties se limitent à la fête votive et aux repas dansants de Saignon. Maryline aime danser. Elle n’est jamais partie en vacances mais elle n’en éprouve pas le manque, se sentant très bien ‘ici’.

Son étalage d’été est fourni en tomates, haricots, courgettes, aubergines, melons, pastèques, blettes, basilique et fromages de chèvre. Se lever tôt n’est pas un problème, car au réveil elle se réjouit de revoir ses fidèles clients, qui sont très agréables et dont certains sont des amis. Elle se sent utile. “Nourrir les gens est un beau métier !”. Au marché paysan du mardi elle voit parfois défiler des classes de jeunes élèves, à qui elle fait découvrir ses légumes. Maryline est toujours stupéfaite lorsqu’elle constate que certains enfants ne savent pas ce qu’est une courgette. Elle en déduit que les mamans ne doivent pas cuisiner, sinon les petits verraient les légumes dans la cuisine. Maryline et sa famille vivent quasiment en autarcie concernant les produits frais. Ils possèdent sur place les légumes, les céréales, les oeufs, le fromage, le lait et la viande. Ils cuisinent beaucoup. Maryline a essayé de vendre de la viande, mais elle a cessé car la prestation de l’abattoir, c’est à dire le conditionnement de la viande, coûtait trop cher. Auparavant elle vendait des bêtes entières, puis des demi-bêtes, mais cela est devenu de plus en plus difficile car les gens mangent de moins en moins de viande. Et puis il y a de moins en moins d’abattoirs, car le métier est trop rude.

Maryline s’en sort financièrement car sa ferme est petite et elle vend directement sur les marchés, sans intermédiaire.

UNE CULTURE NATURELLE QUASI EXHAUSTIVE

Maryline privilégie les plantations naturelles, par rotations de cultures. Elle le fait par amour de la terre. Elle a hérité d’une terre saine et elle tient à transmettre à son tour une terre saine et labourée. Elle fait pousser le fourage pour les troupeaux, sous forme de champs de céréales (la luzerne et le sainfoin). Le sainfoin nourrit la terre par son apport en azote et étouffe les mauvaises herbes. Elle n’utilise des produits non naturels qu’avec parcimonie pour lutter occasionnellement contre les doryphores (insectes qui attaquent les pommes de terre) ou contre l’oïdium (champignons qui se répandent sur les courgettes ou les concombres). Mais ces cas sont rares et Maryline affiche une parfaite transparence à ce sujet. Son exploitation s’étend sur 20 hectares de terre cultivée ou cultivable, et 20 hectares de parcours de troupeaux.

LES ANIMAUX DE LA FERME

Le cheptel de Maryline se compose d’une centaine de brebis et de soixante-cinq chèvres. Elle a tenu à le garder pour pallier aux éventuelles années de pénurie au cas où la mauvaise météo empêcherait le maraîchage de produire. Elle a aussi des chiens, des chats, des canards, des poules, des lapins et un cochon. Chaque animal remplit une fonction. Les chiens gardent soit la ferme, soit le troupeau. Les chats attrappent les nuisibles. Les poules pondent les oeufs. Raffarin, le cochon, sert à éliminer le petit lait de la fromagerie, le lactosérum, en le buvant. Un agneau et une brebis ont même figuré à la crêche vivante de Villars.

FEMME ET PAYSANNE

– Comment cela se passe-t-il pour une femme agricultrice ?

“A l’époque où j’ai commencé c’était dur. Depuis ça s’est amélioré. Il n’était pas évident de se faire accepter comme femme agricole dans la région. Il fallait se battre contre les stéréotypes tels que : la place de l’homme est sur le tracteur et celle de la femme est aux travaux manuels. J’ai trouvé ma place car j’ai du caractère. Je fauchais, je râtelais, j’emballais le fourage et je conduisais le tracteur. Je faisais le travail d’un homme.”

Nous quittons Maryline sous les grouinements heureux de Raffarin. Après avoir fait la connaissance de Maryline, on opte pour la dénomination de ‘femme paysanne’. Femme pour avoir défendu sa place au sein d’un secteur majoritairement masculin, telle un chef et grâce à son caractère affirmé et indépendant sans lequel on peut douter qu’elle aurait eu la force de mener son exploitation. Et paysanne pour reprendre les mots de Nicolas : “dans le mot paysan il y a le mot pays”. Maryline est une femme du pays, fière de la terre nourricière qui la sustente et qu’elle gratifie en retour de son amour protecteur.

Texte Sylvie Houssais – e com image – ‘reproduction interdite, tous droits réservés’

Photos Jacques Huissoud – ‘reproduction interdite, tous droits réservés’

1 Commentaire

  1. IRENE LEROCH

    04 Fév 2019 - 10 h 58 min

    cette femme paysanne nous montre un beau visage de femme active et engagée!

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