RECHERCHEZ ET VALIDEZ
Portraits / 01 Août 2018
Portrait Loubna Cadoret

Dans notre vie quotidienne, nous côtoyons des personnes dont les visages nous sont familiers et que nous pensons faussement connaître. C’est pour ne pas passer à côté de ces gens fabuleux que e com image a créé ses “portraits”.

LE MONDE DE LOUBNA

“Je m’appelle Loubna, mais j’aime qu’on m’appelle Loubika”

L’EXPO

Quand on entre dans l’expo de Loubna, on pénètre dans son carnet de voyages. Ses souvenirs, textes, citations, clichés, découpages, sont apposés aux murs comme dans un journal de bord. Puis on découvre ses photos subtilement composées, sans orgueil, légèrement décalées, des instantanés d’un infime moment de vie où on  imagine qu’elle a tourné la tête pour remarquer un détail que nul autre n’aurait vu. On se glisse dans un univers sans géographie. Pourtant chaque image vient de loin mais aucune ne possède d’étiquette et cette neutralité souhaitée est renforcée par un voile bleuté collectif. Il est clair que Loubika ne fait pas dans la photo touristique mais elle cherche plutôt à partager une émotion et c’est réussi. On ressort transcendé.

PARCOURS

Loubika n’a que 21 ans et pourtant…

LE CIRQUE – Elle est formée au cirque par la troupe Ska Barré, puis à l’âge de 11 ans elle va voir un spectacle de cirque à Apt. Elle est tellement émerveillée par la représentation sous le chapiteau qu’ elle se rend de suite chez le directeur de la troupe et lui déclare “je peux faire du cirque et je veux faire un spectacle ! “. Evidemment étonné par son cran, le directeur éclate de rire mais lui répond “tu viens demain et tu fais ton spectacle !“. Le lendemain le défi est relevé car Loubika retourne au cirque pour réaliser une performance de toile aérien. Ce sera le début de son aventure circassienne auprès de ‘La Fabuleuz Meskine’.

Elle quitte donc le collège et accomplit sa 4è par correspondance, pour ‘tourner’ dans la région avec la troupe. Dans ce monde d’adultes parmi lesquels elle est la seule adolescente, elle s’ouvre au sport et à la vie sociale. Sa mère Véro la suit en participant aux tâches administratives et parfois en palliant les besoins de figuration de la compagnie. Puis Loubika reprend sa 3è au collège d’Apt, riche de son expérience mais aussi heureuse de retrouver le fil social avec des adolescents de son âge.

LA PHOTOGRAPHIE ET L’ECRITURE – “Je suis passionnée de photo, je ne suis pas photographe. La photographie donne le pouvoir de stoper l’instant, d’illustrer des histoires ou d’en créer de nouvelles. Je n’ai pas de style de photographie particulier, je capture ce qui me plait, je compose mes images sur le tas, parfois sans aucune réflexion. Ce sont de simple morceaux de temps, qui ne reviendront jamais. ” Loubika tient cette passion de son père depuis toute petite. Après la 3è elle passe son CAP photo. Ecrire est une autre passion de Loubna qui remonte à l’enfance. Même à l’heure où je n’avais pas encore appris à former des mots, je remplissais des pages de ce qui pouvait ressembler à des textes flous. J’ai utilisé cette admiration pour le papier, pour conserver le moindre petit moment de ma vie, par l’image comme par l’écriture. Le carnet est quelque chose de très personnel, il change au fil de la vie, il évolue avec la personne qui le tient. Et lorsqu’on prend le temps de se replonger dedans, c’est là que vient toute la magie. Toutes les sensations notées sont à nouveau réelles, elles bougent dans le corps, elles nous font voyager. Pas besoin de partir loin pour écrire, c’est le temps qui fera le travail tout seul.”

LA PATISSERIE – Sa mère Véro et Simon, le compagnon de celle-ci, ouvrent alors le bar associatif ‘La Fabuleuz’, en bas de la commune de Saignon. Loubika propose son aide et on lui attribue la confection des desserts. Elle y prend tellement goût que sa soeur Zoé l’exhorte à entreprendre un CAP de pâtisserie. Loubika ne se fait pas prier. Pour obtenir une mention complémentaire elle pratique sa nouvelle passion dans un restaurant des Pyrénées ou, impressionné par ses créations culinaires, on la met aux commandes de la section pâtisseries en la nommant chef pâtissier.

LES VOYAGES – Diplômes en poche,  Loubika part il y a deux ans pour les USA qu’elle traverse d’est en ouest, avec l’objectif d’atteindre le festival de Burning Man dans le désert du Nevada. Puis elle repart découvrir la Colombie, l’Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili, l’Argentine, le Paraguay, le Brésil. Ses talents culinaires appuyés par l’aura internationale que confère la gastronomie française  lui permettent de subsister au fil des ses voyages.

Véro ayant besoin d’un grand break après plusieurs années d’intenses efforts et la fermeture de La Fabuleuz, Loubika ‘kindnapera’ sa mère pour un périple européen. Elles se rendent en Italie, en Slovénie, en Suisse, en Allemagne et en Autriche. Puis Loubika voyagera seule en Hongrie, en Serbie, en Croatie, en Angleterre et en Belgique.

Nouveau départ de Loubika pour les Emirats Arabes, où elle souffre intensément de la chaleur, puis les Philippines, où les gens sont adorables, l’Australie, Singapour. “On devait aller en Chine et au lieu de ça on est allé en prison. A la frontière chinoise, nous avons montré nos passeports mais ils avaient pris la pluie et ils étaient dégradés. On a donc été refoulé vers Singapour pour 30h de garde à vue, dans l’incertitude la plus totale. Je voyageais avec Mathieu, mon compagnon de vie et de voyage. On n’avait pas le droit de se parler. Je m’en souviens comme le moment le plus intense de mes deux ans de voyages. Dans ces moments là on apprend alors beaucoup de choses sur soi-même.” Et quel a été le meilleur moment? “Le désert de sel (salar d’Uyuni dans les Andes au sud-ouest de la Bolivie), magique, inexplicable. Puis le moment où j’ai pû brancher ma musique sur la radio du 4×4. La musique inspire, détend et fait évacuer plein de choses. Je ne peux pas vivre sans la musique.” Loubika a voyagé principalement à deux, mais elle apprécie également de partir seule, pour le sentiment d’immense liberté que cela lui procure, comme une irrévérence quasi jouissive. “Le sentiment de liberté me fait rouler tout droit pendant des heures. Besoin de m’éloigner, de prendre mon envol. Je vais où je veux, toujours plus loin…” A chacun des ses anniversaires, elle part seule dans une ville nouvelle et réserve sa première nuit dans une auberge de jeunesse. Les nuits suivantes ne s’organisent pas mais s’aménagent autour des contacts qu’elle nouera.

LA SUITE

Loubika projette de repartir en Australie dans les prochains jours. Elle consacrera trois mois à installer des panneaux solaires, pour un salaire équivalent à un an de travail en France. Un gain de temps précieux afin de pouvoir profiter de plus belle de ses passions, régaler les gourmands de pâtisseries, de voyages et de photos et continuer de nous faire rêver. Elle souhaite aussi évoluer vers un Brevet Technique des Métiers (BTM) pâtisserie afin de pouvoir enseigner sa passion à travers le monde. Après deux ans passés dans des pays chauds, elle rêve de fraicheur, de montagnes d’Asie ou Suisses. De ses voyages elle a appris que l’on mange bien en France et à chaque retour elle s’émerveille de la beauté de son pays.

Loubika est une jeune femme bien dans sa peau, une force tranquille, ancrée et libre, fraiche et volontaire, une inspiration, un stimulant, une jeune femme comme on les aime.

Texte Sylvie Houssais – e com image – ‘reproduction interdite, tous droits réservés’

Photos Jacques Huissoud – ‘reproduction interdite, tous droits réservés’

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